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Conclusions sur mon travail en Amérique du Sud

Je suis arrivée à Bogota le 3 Septembre 2012, la tête pleine d’idées, d’attentes, de certitudes et de doutes en ce qui concernait le projet. Le projet ? Un documentaire sur les ONG locales à travers le monde qui se battent pour la protection de l’enfance. Une mission assez claire en somme.

Je me suis donc empressée de rencontrer « Ninos » à Bogota, ma première ONG. « Empressée » est un euphémisme. Oui j’avais bien fait mes recherches, je connaissais leur histoire, leurs projets, leurs buts : une association prenant en charge les enfants victimes d’abus sexuels pour les aider à se sortir de leurs traumatismes, à grandir dignement, en paix. Je savais tout cela par cœur en toquant à leur porte.

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En arrivant, premier obstacle auquel je n’avais pas pensé, je ne peux ni filmer ni interroger les enfants, par respect pour leurs vies privées. Cela tombe sous le sens pourtant je ne l’avais pas anticipé. Comme prévu, tout ne se passera pas comme prévu. Je ne suis pas naïve, je savais bien qu’il me faudrait m’adapter tôt ou tard. Peut être pas aussi tôt. Qu’à cela ne tienne, je demande tout de même à pouvoir interviewer Oscar, le directeur marketing. Ne parlant pas assez bien espagnol, c’est Johnny mon ami colombien qui se charge des questions. Je comprends presque tout mais ma frustration est immense de ne pas pouvoir rebondir sur quelques mots, approfondir, creuser ses propos, aller chercher plus loin. Je suis plus ou moins satisfaite des réponses d’Oscar mais je sens néanmoins qu’il me manque quelque chose à cet entretien.

Le deuxième entretien, avec Andres, est en anglais. Je peux donc poser moi même les questions et approfondir ses réponses comme il me plait. Cependant le  « feeling » passe moins bien qu’avec Oscar, je le trouve très satisfait de lui même, trop. Du moins je trouve que c’est l’impression qu’il dégage en regardant mes rushs une fois rentrée.

Bilan de ces quelques heures passées avec Ninos ? Un tas d’informations très intéressantes sur les enfants victimes d’abus sexuels ; la satisfaction d’avoir réussi à cibler mon sujet, une ONG locale mettant tout en œuvre pour faire une différence auprès des enfants ; et enfin et surtout, la frustration de ne pas avoir su retranscrire réellement à travers mes images la richesse des projets de l’ONG, l’humanité des gens qui y travaillent et la détresse des enfants pris en charge.

Je commence doucement à me rendre compte que mes recherches préliminaires devraient certes concerner le travail de l’association que je m’apprête à rencontrer, mais également le message que moi, Voyages Solidaires, je voudrais faire passer à travers cette rencontre.

La deuxième ONG sur mon chemin se trouve en Equateur, à Quito. C’est le CENIT, une association prenant en charge les enfants défavorisés de la ville à travers une série de projets, notamment éducatifs. Coup de chance pour moi, l’ONG compte plusieurs volontaires internationaux avec lesquels je peux échanger en anglais.

M’étant rendue compte que quelques heures passées avec une ONG ne sont jamais représentatives d’un quotidien, je me lève à l’aube pour suivre le travail du CENIT pendant une journée entière. J’ai carte blanche de la part de la directrice, je peux filmer partout, qui je veux, quand je veux.

Intégrée à un groupe de volontaires pour la matinée je pose des milliers de questions, j’aide avec les enfants, et j’observe discrètement les faits et gestes de chacun. Ayant du temps, je prends des notes, je réfléchis aux personnes que je veux interroger pour mes interviews qui auront lieu en fin de journée.

A leur façon de s’occuper des enfants, à l’attention si discrète qu’elles leurs portent, je décide d’interroger Maria, éducatrice, et Gladys, coordinatrice des volontaires internationaux. Elles sont touchantes, timides devant la caméra, se recoiffent discrètement, sont nerveuses. Elles m’attendrissent et je sens que c’est précisément cela que je veux faire transparaitre dans mes images.

Avec l’aide de Brendon, un volontaire américain, et mon espagnol qui commence sensiblement à s’améliorer, je réussi à poser les questions qui m’intéressent vraiment : pourquoi font-elles ce travail ? Quelles sont leurs motivations ? Leurs satisfactions dans ce travail ?

Elles parlent des enfants comme s’ils étaient les leurs. C’est en capturant des personnalités comme les leurs que je pourrais commencer à dresser un portrait intéressant des acteurs de la protection de l’enfance dans le monde. Je termine ma journée, bien crevée, mais bien plus satisfaite de mon travail qu’après ma rencontre avec Ninos.

Il m’apparaît de plus en plus clair que je dois privilégier la qualité sur la quantité. Passer beaucoup plus de temps avec certaines ONG plutôt que d’essayer d’en rencontrer le plus possible. A quoi bon faire un documentaire qui ne se résumerait qu’à une compilation étendue d’entretiens ?

Je dois passer beaucoup plus de temps avec les associations pour pouvoir passer du temps avec les enfants, apprendre à les connaître, m’attacher à eux, les aimer. Passer du temps avec tout le personnel, apprendre à les connaître eux aussi pour leur poser les bonnes questions pendant mes entretiens, pouvoir comprendre leurs réactions et lire entre les lignes. Passer du temps avec eux pour pouvoir me fondre dans le paysage, pour que l’on oublie petit à petit la présence de la caméra, que les langues se délient, que la confiance s’installe, que les comportements de chacun redeviennent spontanés et naturels.

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Je passe donc deux semaines avec l’ONG Amantani à Cusco. Je m’attache à tous les enfants et c’est un déchirement de devoir les quitter. Mes entretiens deviennent de vraies conversations, tout est plus détendu, naturel.

En re-regardant mes rushs à la fin des deux semaines je me rend compte que j’ai compilé de vraies scènes de vies, de vrais moments humains (deux enfants se disputent un jouet ; un petit garçon hurle de rire en faisant du toboggan ; une petite fille pleure et c’est son ainée qui vient lui tenir l’épaule pour la consoler ; Guadalupe, l’éducatrice, habille tous les enfants un par un avant de sortir, attentive aux moindres détails, un lacet défait, un bouton manquant, un bonnet mal mis). Ce sont ces images qui me permettront de construire un documentaire intéressant, de raconter une vraie histoire. Une histoire avec des personnages auxquels on s’attache.

Je me décide donc en quittant le Pérou à passer une semaine à deux semaines minimum avec chaque ONG que je déciderais de rencontrer. Cette décision est la bonne, je le sais, mais elle s’avère bien difficile à mettre en œuvre :

En Bolivie, je dois rencontrer ENDA, une association prenant en charge des jeunes filles victimes d’abus sexuels. Nous sommes en contact mais je tombe au mauvais moment, le pays est bloqué par le recensement national. Je ne peux pas aller les voir, ils ont des obligations administratives. Je reste en contact avec eux cependant, pour suivre leurs projets et voir de quelle manière nous pouvons travailler ensemble de loin.

Au Brésil je ne reste qu’une semaine. En Uruguay je ne fais que passer, quelques jours de repos à Montevideo avant de reprendre la route. En Argentine je suis en contact avec une association, tout est prévu pour que l’on se rencontre. Malheureusement, deux heures après mon arrivée à Buenos Aires je me fais braquer et voler mon outil de travail, mon appareil photo.

Je quitte le continent démunie, les braqueurs ont tout pris : mon appareil photo et mon carnet de voyage que j’avais consciencieusement tenu pendant mes quatre mois sur les routes.

En bon petit soldat, je ne me laisse pas abattre. Mes quatre mois de voyage m’auront apporté beaucoup. Au niveau personnel, passer autant de temps seule sur les routes est un enrichissement indescriptible, sans mots. Je monte dans l’avion au départ de Buenos Aires, grandie. Cette première partie de mon voyage aura été un tâtonnement, une recherche sur la façon de mener mon documentaire, un questionnement constant sur le message que je veux faire passer dans ce documentaire. C’est en se posant les bonnes questions que l’on trouve les bonnes réponses m’a t-on dit récemment. Rien ne saurait être plus vrai. Et j’attaque le reste de mon voyage, prête.


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